Finance rurale et agricole

Dans le secteur des petits propriétaires agricoles, on estime à 500 millions le nombre de ménages (soit 2,5 milliards de personnes) dont les moyens de subsistance dépendent de leur production agricole. Parmi les personnes qui vivent avec moins de 2 dollars par jour, ils représentent le plus important des segments de clientèle classés par moyen de subsistance. Source: publication de CGAP
 
Les institutions financières qui cherchent à travailler dans les zones rurales sont confrontées à de nombreuses contraintes, notamment les infrastructures déficientes, la fragmentation de la demande, les risques liés au prix et au rendement, et les garanties limitées. Par ailleurs, les principaux produits que proposent de nombreuses institutions de microfinance (fonds de roulements à court terme avec des remboursements fréquents) sont susceptibles de ne pas être adaptés à des activités agricoles fonctionnant à plus long terme, ni au caractère saisonnier des flux de trésorerie qui en résulte pour les ménages ruraux.
 
La finance rurale n'est pas uniquement agricole, et la finance agricole n'est pas uniquement rurale. La finance rurale désigne les services financiers utilisés dans les zones rurales par tous les gens, quel que soit leur niveau de revenu, et la finance agricole désigne le financement des activités agricoles, de la production à la commercialisation. Les besoins financiers des personnes qui ont besoin des services de finance rurale et/ou agricole sont mal compris, en dehors du fait que la demande dépasse largement l'offre. Grâce aux avancées technologiques, il devient de plus en plus rentable pour les prestataires d'atteindre durablement et efficacement les populations des zones rurales. Il sera toutefois nécessaire de mieux comprendre les clients potentiels ainsi que leurs besoins financiers pour que des progrès significatifs puissent être accomplis.
Une femme récolte les cultures. Photo de Wim Opmeer, Concours Photo de CGAP 2012
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Spécificité de la demande

La demande en matière de finance rurale et agricole présente des caractéristiques spécifiques. Les besoins de financement rural peuvent être divisés en deux grandes catégories. D’une part, le financement du développement rural porte sur les infrastructures économiques et sociales dont le monde rural a besoin pour se moderniser (routes, aménagements, écoles, systèmes de formation, centres de santé). La rentabilité de ces activités est indirecte ou différée dans le temps. Ces financements sont assurés à travers des fonds spécifiques alimentés par différentes sources (subventions, co- financement, éventuellement crédit).

D’autre part, le financement des unités économiques rurales traite des familles, ménages, entreprises et organisations ayant des activités économiques qui dégagent une rentabilité directe. Cette catégorie de besoins de financement relève de services financiers que sont le crédit rural, l’épargne et les assurances.

La microfinance rurale s’adresse à une catégorie d’acteurs économiques qui ne répondent pas aux critères bancaires : petites activités souvent informelles, faible dotation en capital ne permettant pas de fournir des garanties matérielles, faible capital humain ne permettant pas l’accès aux procédures bancaires.

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Offre de financement rural

En milieu rural, les institutions financières sont confrontées à plusieurs défis : toucher des populations vivant dans des zones reculées où les infrastructures sont déficientes ; concevoir des services financiers adaptés aux activités économiques de ces populations ; élaborer des formes de garanties adaptées à des situations à haut degré de risque et des populations incapables de fournir des garanties matérielles ; minimiser les coûts de transaction liés à ces différentes contraintes ; trouver des ressources financières permettant d’assurer ces services autonomes et durables ; élaborer une forme d’organisation adaptée aux besoins de financement de la population rurale.

Les différentes catégories d’organisations qui fournissent des services financiers en milieu rural utilisent des stratégies et des outils différents pour faire face à ces fortes contraintes.

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La demande en crédit rural et agricole se caractérise par sa grande diversité : diversité des activités économiques rurales dans une zone donnée, mais aussi diversité des besoins de crédit au sein des ménages pluriactifs. Il s’agit donc pour la microfinance de développer une offre diversifiée en proposant des produits et des procédures adaptées aux besoins de l’agriculture, des petites entreprises rurales et des activités économiques populations vulnérables. 



Les coûts de développement d’une telle offre de crédit rural sont importants et engendrent des taux d’intérêt élevé qui continuent à faire débat.

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La pérennisation d’une IMF en zone rurale et agricole est conditionnée par les éléments suivants :

  • Viabilité technique (outils de gestion, ressources humaines, systèmes, etc.)
  • Viabilité financière (équilibre financier et capacité à dégager des bénéfices)
  • Viabilité institutionnelle (statut juridique, organisation interne, gouvernance)
  • Viabilité sociale (intégration dans la société)

La microfinance rurale est-elle plus difficile à pérenniser que la microfinance urbaine ? Oui et non. Les conditions de pérennisation de la microfinance rurale sont éminemment variables d’une zone rurale à l’autre. Cependant, plusieurs difficultés sont récurrentes. Le niveau de risque de financement rural est élevé, notamment quand il a une composante agricole forte ; le coût du risque est donc élevé et se répercute sur l’équilibre financier. Encore l’éloignement, l’enclavement et la dispersion des populations rurales entraînent des coûts de transaction élevés qui eux aussi vont rendre l’équilibre financier plus difficile à atteindre.

En savoir plus sur la pérennisation.

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Pour pouvoir donner des crédits aux populations exclues du système bancaire, la microfinance a besoin de ressources financières. Dans un premier temps de son développement, ces ressources ont le plus souvent été octroyées par des bailleurs de fonds extérieurs. Mais pour être durable, l’accès au financement doit s’affranchir de l’aide extérieure.

Les IMF vont alors s’appuyer sur la mobilisation de l’épargne locale qui sera retransformée en crédit. Mais très souvent en milieu rural, l’épargne locale est difficile à mobiliser et ne suffit pas à couvrir la demande en crédit. Pour pouvoir fonctionner durablement sans dépendre d’une aide extérieure, la microfinance doit alors accéder aux ressources du « marché financier ».

Le « marché financier » met en relation les acteurs économiques qui ont besoin de capitaux (les emprunteurs) avec les détenteurs de capitaux (les épargnants). Ce marché financier existe à différents niveaux. À un niveau englobant (national, international), le marché financier s’appuie sur le système bancaire pour assurer la circulation des capitaux ; au niveau local, l’institution de microfinance qui collecte l’épargne pour la retransformer en crédit est elle-même une forme d’organisation qui participe au marché financier. L’une des ambitions de la microfinance rurale est donc d’étendre le marché financier rural et de donner aux populations rurales un accès durable au marché financier englobant.

Aujourd’hui la microfinance rurale a quatre principales sources de financement : l’aide extérieure, la collecte de l’épargne, la constitution d’un capital propre et le refinancement bancaire.

En savoir plus sur l’intégration dans le marché financier.

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Des alliances sont nécessaires pour sécuriser l’intervention de la microfinance, étendre son champ d’action, mais surtout pour améliorer et sécuriser les conditions d’insertion économique des ménages ruraux.

Nous distinguons trois types d’alliances :

Premièrement, les organisations professionnelles agricoles se mobilisent pour améliorer l’accès de l’agriculture familiale aux services financiers. La collaboration avec la microfinance se construit progressivement, mais les partenariats restent difficiles à établir et à stabiliser.

Deuxièmement, des pratiques innovantes en matière de « financement de la filière » et d’agriculture contractuelle, méritent d’être mises en avant. Le développement rural dépend du financement de l’ensemble des activités rurales. Partant de ce constat, une nouvelle réflexion émerge en finance rurale sur l’approche « financement de la chaîne de valeur ». Cette approche encourage les IMF à financer l’ensemble des activités d’une filière, de la production à la commercialisation en passant par la transformation des produits agricoles, et à s’associer au secteur privé pour assurer des débouchés sur des filières à haute valeur ajoutée. L’objectif est de créer un véritable tissu économique dans les zones rurales.

Enfin, le concept de « livelihood finance » consiste à intégrer la microfinance dans une approche globale qui cherche à promouvoir des moyens d’existence durables pour les ménages pauvres, tenant compte de la diversité de leurs activités et de leurs contraintes. Cette approche repose sur 3 piliers : services financiers, services de développement agricole et économique, services de développement institutionnel.

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