Liban

Avec plus d’une vingtaine d’institutions et malgré une croissance soutenue enregistrée depuis plusieurs années, le secteur reste marqué par un développement moindre comparé aux autres pays arabes. Sur la base de la dernière étude menée par l’IFC en 2008 sur la demande de services financiers par les micro et petites entreprises (MSE), le taux de couverture s’établissait alors à 11,5%.

Plusieurs facteurs expliquer cette faible portée : l’absence de cadre réglementaire avec pour conséquence la restriction pour les institutions de microfinance (IMF) de collecter de l’épargne ; la prudence dont font preuve les IMF dans l’octroi des crédits en raison de l’absence d’une centrale des risques ; le manque de données officielles sur le secteur ; une compétitivité peu stimulée; et enfin l’engagement longtemps mesuré et sélectif mais actuellement en bonne progression des soutiens des bailleurs de fonds (notamment USAID, AGFUND, Grameen-Jameel et IFC).

Le secteur est cependant marqué par une dynamique d’acteurs philanthropiques engagés à but non lucratif qui sert aussi bien les zones rurales (qui comptent 12% de la population totale) qu’urbaines, avec une proportion d’emprunteurs femmes autour de 35%.

La cible essentielle des IMF libanaises est la niche du micro et petit entrepreneuriat avec une part de 85% du portefeuille des prêts. La quasi-totalité des crédits octroyés sont des prêts individuels.

Le marché est dominé par quatre institutions : Al Majmoua, Vitas, Emkan et Al Qard al Hassan. Selon le Mix Market, les trois premières présentent un portefeuille combiné de près de USD 75 millions servant 65 000 clients fin 2013, soit un prêt moyen de USD 1150, correspondant à peu près à moins de 10% du PIB/hab. La majorité des IMF est constituée sous la forme d’association civile, dont certaines sans but lucratif. Toutes les institutions sont indépendantes, excepté Vitas et Ibdaa qui font partie de groupes internationaux.

En l’absence d’association professionnelle et de cadre légal, il n’existe que des données estimatives. Le Mix Market et Sanabel (le réseau de microfinance des pays arabes), auxquels  certaines IMF reportent régulièrement leurs résultats, indiquent que le portefeuille cumulé total s’établirait entre USD 120 millions et 150 millions fin 2013.

Depuis plusieurs années des partenariats se tissent entre les banques commerciales (Crédit Libanais, Jammal Trust Bank, BLOM Bank, First National Bank, etc.) et les institutions de microfinance. Les premières appuient les institutions financièrement au travers de prêts ou techniquement en mettant à disposition leur infrastructure, tandis que les IMF apportent leur savoir-faire et leur expérience du terrain.  C’est le cas de l’accord passé entre Vitas et ses banques partenaires, qui permettent aux clients de l’IMF d’ouvrir des comptes épargne auprès de ces dernières. 

Il n’existe aucune association professionnelle ; certaines institutions sont affiliées directement au réseau Sanabel. Des initiatives informelles sont en cours pour la création d’un réseau libanais de microfinance, avec le soutien du programme Lebanon Investment in Microfinance, financé par USAID.

Cadre légal, réglementaire et institutionnel
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L’activité de microfinance au Liban n’est pas dotée d’un cadre juridique et il n’existe toujours pas à ce jour de projet de réglementation ou de circulaire pour instituer pareil cadre.



Le seul cadre réglementaire existant est celui régissant les activités des établissements bancaires et des institutions financières ayant reçu un agrément d’exercice par la Banque Centrale du Liban (Banque du Liban).



Ainsi, les institutions de microfinance au Liban opèrent-elles quasi toutes (exceptées deux – Ameen et Emkan – qui ont reçu un agrément de la part de la Banque du Liban en tant qu’institution financière) dans un cadre libre et non supervisé ; elles peuvent fixer librement les conditions et les taux d’intérêts de leur offre de crédits. Cependant les IMF, en tant qu’Organisation Non Gouvernementale doivent être enregistrées auprès du Ministère de l’Intérieur. Par conséquent, les IMF libanaises non réglementées (la grande majorité) ne sont tenues à aucun reporting envers des autorités de supervision.



De l’avis des principaux acteurs de la microfinance au Liban, l’absence de cadre réglementaire constitue un frein au développement du secteur dans le pays, avec notamment la non-possibilité de collecter l’épargne et surtout la réticence des financeurs à soutenir le secteur. 



Néanmoins, les pouvoirs publics libanais ont régulièrement encouragé depuis la fin de la guerre en 1990 le développement du petit entrepreneuriat au travers de multiples initiatives. La dernière en date étant l’encouragement fait aux établissements bancaires de développer les Petits Crédits (jusqu’à USD 6 666) et concrétisé par une circulaire de La Banque du Liban (circulaire 93 du 13/7/2004) attribuant aux banques des exemptions partielles sur les réserves obligatoires (à concurrence maximum de 15% de leurs fonds propres) pour les petits prêts octroyés soit directement par la banque soit au travers de prêts globaux consentis aux IMF. 



Il faudrait aussi noter que le secteur bancaire libanais est l’un des plus dynamiques de la région (avec plus d’un compte ouvert par habitant) et offre un large éventail de services largement accessible, ce qui réduit le besoin de service d’épargne. A noter aussi l’initiative du gouvernement libanais, pour la mise en place d’une institution de garantie de crédits (Kafalat) qui garantit jusqu’à 85% des prêts octroyés par les banques commerciales aux micro et petites entreprises du secteur formel.

Enfin il n’existe pas de Centrale de Risques à l’intention des IMF libanaises. Seules les banques et les institutions financières sont tenues de reporter à la Banque Centrale les prêts excédant 5,000 USD ainsi que les petits prêts. Le seul moyen pour les IMF d’obtenir les informations serait au travers de leur éventuel partenariat avec les banques. Des projets pour faciliter l’accès aux informations sur les prêts sont cependant à l’étude.

Pour le moment aucune association professionnelle n’œuvre pour le secteur de la microfinance dans le pays, bien qu’un groupe informel d’IMF libanaises se réunisse régulièrement pour discuter des différentes questions d’actualité qui les préoccupent. 



Certaines institutions sont affiliées directement au réseau SANABEL, l’association régionale des professionnels de la microfinance pour les pays arabes. Cependant, la plupart des institutions ne remplissent pas les conditions minima (essentiellement de volumes) pour faire partie du réseau.