SPI-ALINUS : un nouvel outil de mesure de la performance sociale au service des investisseurs

Focus
Date de publication: 
nov. 2015
Auteur: 
Gouillat, E.

Entretien avec Cécile Lapenu de Cerise et Jürgen Hammer de la Fondation Grameen Crédit Agricole

A l'occasion de la Semaine Européenne de la Microfinance, dont l'investissement en microfinance sera l'un des grands thèmes abordés, Cécile Lapenu, Directrice exécutive de Cerise, et Jürgen Hammer, Chief Investment Officer et Responsable de la gestion de la performance sociale à la Fondation Grameen Crédit Agricole, répondent à nos questions sur la mise en place et les motivations de la création d'un nouvel outil permettant aux investisseurs de mesurer et suivre la performance sociale d'une institution de microfinance.  

Cécile Lapenu, Directrice exécutive de CerisePourquoi avoir créé un outil spécifique pour les investisseurs ? Dans quel cadre s’inscrit-il et quel est sa spécificité par rapport à l’outil SPI généralement utilisé par les IMF pour évaluer elle-même leur stade de mise en œuvre des Normes universelles de gestion de la performance sociale? 

L’"option ALINUS" est un sous-ensemble de SPI4, sélectionné directement par les investisseurs. ALINUS signifie : "Aligner les due-diligence et le suivi des Investisseurs avec les Standards Universels". L’idée est de standardiser la collecte d’information en due diligence et pour le suivi afin d’améliorer la qualité des données et la mise en œuvre de la gestion des performances sociales dans le temps.

Un outil commun de collecte d’information tel que SPI4-ALINUS permet aux acteurs de parler le même langage autour des questions de performance sociale, de réduire le poids du reporting pour les institutions, de réduire le temps passé à la collecte pour passer plus de temps à la vérification, l’analyse et la discussion sur la manière de s’améliorer. Il ouvre la possibilité à une analyse comparative avec un benchmarking basé sur une méthodologie standardisé. Le SPI4 complet permet à une IMF de définir ses « états sociaux » et par son caractère exhaustif développer un plan d’action et d’amélioration, mais reste trop long à appliquer en due diligence et à suivre en monitoring pour les investisseurs. Ceux-ci ont donc choisi de travailler avec une version réduite de SPI4.

Par ailleurs, pour les investisseurs et leurs besoins de reporting, le suivi de la performance sociale via le SPI4 doit être complétée par des indicateurs de résultats /outcomes. Un groupe de travail formé en coopération entre la SPTF et e-MFP travaille actuellement à proposer des indicateurs les plus significatifs permettant de documenter des résultats obtenus.  

Quels indicateurs sociaux sont privilégiés par les investisseurs ? Autrement dit, dans quelle(s) mesure(s) un investissement en microfinance est socialement responsable ?

Un groupe de travail comptant 13 investisseurs a travaillé sur la sélection ALINUS : ADA, Bamboo Finance, Blue Orchard, BNP Paribas, Cordaid, Deutsche Bank, GCAMF, Grassroots and Caspian, Incofin, AfD/Proparco, SIDI Fefisol, Triple Jump et Oikocredit. Le processus de sélection s’est déroulé à travers une série de rencontres en personne et d’échanges virtuels entre fin 2014 et début 2015 :

  • Dans un premier temps, chaque investisseur a sélectionné dans SPI4 les indicateurs qu’il voudrait utiliser en due diligence/suivi ;
  • Puis CERISE a analysé la sélection et demandé de reconsidérer les choix lorsque les indicateurs n’étaient sélectionnés que par un nombre réduit d’investisseurs ;
  • Ces intérations ont permis de finaliser une liste de 80 indicateurs de SPI4.

Les indicateurs sélectionnés se retrouvent répartis de façon équilibrée dans les 6 dimensions des Standards Universels de gestion de la performance sociale, plus la dimension "Microfinance verte", également importante pour les investisseurs.

Dimensions

Intitulés

# Ind. SPI4

# Ind. ALINUS

% réduction

1

Objectifs sociaux

18

9

50 %

2

Engagement social

32

14

56%

3

Conception des produits

15

8

46%

4

Traitement responsable des clients

73

22

70%

5

Traitement responsable du personnel

30

12

60%

6

Equilibrer performance financière et sociale

32

11

66%

7

Microfinance verte

11

4

64%

Total

 

200

80

60%

 

On voit donc que le cadre des USSPM est parlant pour les investisseurs, qui cherchent à vérifier chacune des dimensions à partir d’indicateurs facilement vérifiables en due diligence (politiques et procédures en place), accompagner leurs partenaires IMF dans la mise en place d’une analyse de forces et faiblesses et établir un plan de travail permettant de prioriser les actions d’amélioration qui découlent de cette analyse.

Jürgen Hammer, Chief Investment Officer et Responsable de la gestion de la performance sociale à la Fondation Grameen Crédit AgricoleCet outil est-il déjà utilisé par les investisseurs ? Si oui, pouvez-vous nous faire part des premières expériences de son utilisation ? 

CERISE a inclus une fonction de filtre à partir de la version 1.2.2 de SPI4 (juin 2015).  Cette fonction permet aux utilisateurs de filtrer le questionnaire pour ne faire apparaître que les indicateurs ALINUS. L’option ALINUS peut être sélectionnée depuis la Page d’accueil sous la section "Reporting externe". A partir de septembre, les investisseurs ont pu commencer à tester cette option au cours de leurs due diligence. Les premiers retours sont positifs :

  • Cela donne une bonne idée des thèmes considérés comme important pour un comité d’investissement ;
  • Le temps nécessaire à remplir le module ALINUS est à peu près identique par rapport à notre propre outil. C’est plus rapide avec les IMF déjà familières avec la GPS et qui ont déjà un SPI4. Dans ce cas, la collecte des données est instantanée et les discussions focalisent sur la réponse aux lacunes ;
  • Les scores ALINUS sont cohérents avec les scores de notre propre outil ;
  • Le tableau de bord présente les informations clé et se lit aisément.

Les tests se poursuivent jusque début 2016. Il faudra alors pouvoir communiquer largement auprès des investisseurs et de leurs équipes d’analystes, et auprès des IMF et de leurs réseaux, pour partager la valeur ajoutée de cette harmonisation de la collecte, et assurer que les IMF puissent transmettre aux investisseurs des SPI4 de qualité. Les agences de rating se sont par ailleurs engagées à aligner la méthodologie du rating social aux Standards, et peuvent proposer une « validation externe » complète de l’outil dans le cadre d’une mission de rating. Cette coordination valide ainsi la recherche d’une approche coordonnée du secteur et donne au rating social une valeur additionnelle de validation de qualité dont pourront bénéficier les investisseurs. Le SPI4 fournit la base de leurs "états sociaux", dans lesquels les investisseurs pourront puiser les informations nécessaires à leurs analyses sur les performances sociales.

Des expériences concrètes et les bases d’une stratégie large d’adoption seront discutées début mars à New York lors de la rencontre du Groupe de travail des investisseurs de la Social Performance Task Force.

Actuellement, les efforts se focalisent davantage sur l’évaluation des pratiques que sur leur amélioration. Comment passer d’une étape à l’autre ? Quel rôle jouent et pourront jouer les investisseurs dans l’amélioration de ces pratiques ? Quelle est la responsabilité sociale de l’investisseur ?

Le secteur de la microfinance a travaillé sur une dizaine d’années pour définir les bases de l’évaluation des performances sociales. Aujourd’hui, avec SPI4 et les outils d’évaluation de la Smart Campaign qui focalisent sur la partie de protection des clients, les IMF et leurs partenaires disposent en effet d’outils pratiques et solides d’évaluation des pratiques. Cependant, ce travail a également jeté les bases pour l’amélioration. En effet, les standards universels et les cadres d’évaluation Smart sur la protection des clients fournissent des guides de bonnes pratiques pour la performance sociale. Ce cadre standardisé permet en outre de lier les résultats des évaluations à des ressources techniques et des exemples concrets pour assurer la mise en œuvre quand des faiblesses sont identifiées. Les IMF peuvent notamment avoir recours au Guide de mise en œuvre des performances sociales.

On observe alors aujourd’hui un continuum entre évaluation des pratiques, priorisation/définition de plans d’action et mise en œuvre à partir des ressources techniques développées par la Smart et la SPTF. Ainsi, une IMF qui identifiera comme priorité de travailler sur son mécanisme de plainte pourra trouver des exemples de manuels de procédures ; celles qui voudra améliorer le comportement de ses agents de crédit lors du recouvrement pourra développer un module de formation sur la base des pratiques acceptables/non acceptables identifiées lors d’échanges internes et sur des exemples pragmatiques du secteur. Sur la base du Manuel de la SPTF, une IMF pourra aussi animer un atelier avec ses équipes et son conseil d’administration pour identifier les indicateurs sociaux à suivre et pourra ensuite les décliner en tableaux de bord à soumettre chaque année au CA. Les exemples de mise en œuvre ne manquent pas, et les investisseurs qui auront identifié des priorités avec leurs IMF partenaires pourront appuyer ces démarches.

Pour en savoir davantage sur la Performance Sociale, consultez notre dossier thématique.


Logo de la SEM 2015

Le Portail de la Microfinance est partenaire média, comme l'an passé, de la Semaine Européenne de la Microfinance, dont le thème phare est "L'inclusion financière pour un développement durable".

Parmi les nombreuses conférences prévues, le nouvel outil SPI-ALINUS fera l'objet d'une session où Cécile Lapenu et Jürgen Hammer interviendront avec Micol Guarneri, consultant indépendant et Samir Barghouthi d'ACAD.

 

 

 

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